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Le tableau de la semaine
Anthrométrie de l'époque bleue Version imprimable
10-01-2008

Anthropométrie de l’époque bleue (ANT 82), 1960
Anthropométrie de l’époque bleue (ANT 82), 1960

Yves Klein développe au 20ème siècle une nouvelle conception du rôle de l'artiste. Selon lui, la beauté existe déjà, à l'état invisible. Sa tâche consiste à la saisir et à la transmettre au public. Par conséquent ses tableaux ne sont que des traces d'une communication avec le monde: "Mes tableaux ne sont que les cendres de mon art".

Pour ne pas souiller cette beauté, il convient selon lui d'imposer une certaine distance entre l'oeuvre et le peintre. En mars 1960, Klein expérimente la "technique des pinceaux vivants" qui sera connue plus tard sous le nom anthropométrie. Il s'agit de performances, réalisées en public et en musique avec des modèles dont les corps enduits de peinture viennent s'appliquer sur la toile.

 "Le tableau n'est que le témoin, la plaque sensible qui a vu ce qui s'était passé"

D'après la vision que l'artiste avait de son rôle, on comprend que la véritable oeuvre résidait dans cette mise en scène. Mais les tableau méritent aussi une certaine attention. Ainsi dans Anthropométrie de l'époque bleue on retrouve deux éléments qui ont marqué l'Art de Klein: le corps féminin et son célèbre bleu.

Le corps

Klein n'a pas toujours utilisé la technique des pinceaux vivants mais il travaillait depuis longtemps avec des modèles dans son atelier quand lui est venue cette idée. Contrairement aux figuratifs, il ne les peignait pas mais peignait en leur compagnie. Ces femmes créaient autour de lui "une atmosphère bon enfant", "un climat sensuel" ou "un climat affectif pur" qui imprégnait ses tableaux.

"Mes modèles riaient beaucoup de me voir exécuter auprès d'elles de splendides monochromes bleu bien unis! Elles riaient mais de plus en plus se sentaient attirées par le bleu".

Il comprend vite que cette atmosphère serait mieux rendue si les femmes peignaient elles-mêmes le monochrome.

Ce sont donc désormais ses modèles qui, couvertes de peinture suivront ses instructions de l'artiste pour appliquer la couleur sur la toile. Elles n'y impriment que temporairement la trace de leur corps, le tableau étant toujours destiné à être monochrome. Progressivement, pour garder une marque de cette chair, Klein élaborera la procédure des empreintes laissées par un modèle sur un support et organisera la performance publique de 1960.

On peut souligner que l'artiste a choisi de ne pas représenter les mains "bien sûr, tout le corps est constitué de chair, mais la masse se trouve essentielle, c'est le tronc et les cuisses".

Son bleu, l'IKB (Intenational Klein Blue)

"La couleur à l'état chimique, que tous les peintres emploient, est le meilleur médium capable d'être impressionné par l'évènement". Bon, d'accord pour une couleur unie, mais pourquoi le bleu?

Selon l'artiste, nous avons vu que la beauté existait mais qu'elle était invisible au premier regard. Il faut donc que la couleur n'évoque au spectateur rien de connu.

"Le bleu n'a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs en ont... Toutes les couleurs amènent des associations d'idées concrètes ... tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu'il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible". C'est donc cette couleur qui sera retenue par le peintre.

Dernière mise à jour : ( 10-01-2008 )