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Tout le monde connaît la bibliothèque François-Mitterrand, ses quatre grandes tours se faisant face, tels quatre livres ouverts sur le monde, etc. Ce que l'on sait moins, c'est qu'avant d'être là-bas, la BnF fut logée au 5, rue Vivienne, en plein cœur du deuxième arrondissement. Encore aujourd'hui cette adresse héberge une partie des collections nationales. Outre abriter l'une des plus belles salles de lecture qu'il est permis de voir, le lieu est parfois le théâtre d'expositions fort passionnantes. En ce moment-même, c'est Markus Raetz, 71 ans, suisse de naissance, qui a l'honneur de présenter son travail.
Après s'être acquitté des 5€ que coûte la visite, vous pénétrez dans une petite salle expliquant le parcourt de l'artiste. Si vous avez la chance de tomber sur un groupe accompagné du commissaire de l'exposition, la visite n'en sera que plus intéressante.

« Estampes / sculptures », voilà le sous-titre de l'exposition et l'angle par lequel son travail est abordé. Les premières estampes exposées donnent le ton : l'artiste est de ceux qui ont le sens du détail. Son trait est fin, précis, suggestif. D'une seule spirale — plus ou moins épaisse selon les endroits —, Raetz parvient à dépeindre un visage. Ainsi ces dessins revêtent-ils un caractère minimaliste. À la vue de ce 1 Mann & 1 Frau gehen in 1 Haus (1 homme & 1 femme entrent dans 1 maison) on saisit l'ampleur du génie de l'artiste : avec trois fois rien, il suggère tout un monde. En témoigne encore ce Fenster (Fenêtre), lucarne dont on ne sait si elle donne sur un dehors radieux ou un intérieur illuminé.
Markus Raetz fait dans la digestion des genre. Du pointillisme, il retire une technique de dessin dont certaine de ces œuvres gardent le stigmate. Du surréalisme, il conserve l'ambiguité, l'imagination et l'audace. Audace de la technique d'abord, n'hésitant pas à travailler avec des outils complexes tel que le burin. Audace des sujets ensuite. Comment ne pas penser à Magritte en voyant un portrait en boules ou un vol de langues ? Comment ne pas penser à Dali face à ces paysages gravés sans queue ni tête ?

A l'issue de la première partie présentant les estampes de Raetz, deux champs de travail sont explorés. D'une part, la vidéo, avec un dessin animé psychédélique de près de deux minutes. D'autre part, la trichromie. Markus Raetz a en effet eu en tête de représenter ses sujets en n'utilisant que des traits des trois couleurs primaires. Tandis que les diagonales gauche sont en rouge et les diagonales droit sont en bleu, les lignes verticales sont en jaune. Plusieurs œuvres sont ainsi issues de cette technique, dont Ein Auto und einige Menschen auf der Strasse (Une auto et quelques personnes dans la rue), Nach Elvis (D'après Elvis) et Akt (Nu). L'illusion de teinte est parfaite.
Venons-en maintenant à ses sculptures. Si le sous-titre de l'exposition et sa barre oblique laissent penser à une discontinuité du travail de Raetz, il n'en est rien en vrai. Ses sculptures émanent du même triptyque que ses estampes : minimalisme, surréalisme et illusion.
La première sculpture aborde un thème cher à l'artiste : le regard. De son haut piédestal une minuscule statue de métal observe à travers ses jumelles une autre œuvre de Raetz, un horizon fait à partir d'une simple plaque de cuivre polie et légèrement pliée en son milieu.
Disciple de Magritte, l'artiste s'approprie jusqu'au sujet qui a fait sa renommé : la pipe. Ainsi une immense masse marron et noire gît à l'entrée d'une des salles. Qu'est-ce que c'est ? Le visiteur est interloqué. On en fait donc le tour et là enfin apparaît ce que l'auteur a voulu nous montrer, la fameuse pipe. Le même procédé est ainsi utilisé pour une installation suspendue. Un simple agencement de métal tournoie dans les airs, mis en branle par un moteur à son extrémité. Cela ressemble à une volute de fumée, jusqu'à ce que l'on se trouve dans le parfait angle d'observation. Encore cette satanée pipe !
D'autres installations viennent confirmer le virtuose du magicien Raetz. Un « YES » d'un côté est un « NO » de l'autre ; le « TOUT » n'est plus qu'un « RIEN » suivant l'angle duquel on le regarde. Markus, sculpteur de l'absurde et de l'antithèse.

Poète, il suggère un visage avec une simple tige de métal et un miroir savamment agencés dans l'angle d'une pièce. Poète encore, il fait flotter au-dessus des têtes des Opaques transparents, deux parallélépipèdes rectangles, dévoilant un autre aspect de son travail : les mathématiques et la géométrie.
Vous avez jusqu'au 12 février pour découvrir le merveilleux travail de Markus Raetz, ce poète du minimalisme et magicien du surréalisme.
Markus Raetz : estampes / sculptures
BnF (site Richelieu) 5, rue Vivienne 75003 Paris
5€ sur présentation de la carte étudiante
Du mardi au samedi, de 10h00 à 19h00 ; le dimanche, de 12h00 à 19h00.
Jusqu'au 12 février 2012.
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